Hypersensibilité ou hyper-vigilance : quand le passé brouille les pistes
On entend de plus en plus de personnes se définir comme hypersensibles. Et reconnaître sa sensibilité est une belle chose : c’est se donner le droit de ressentir, de vibrer, d’être touché par le monde.
Mais parfois, derrière ce mot doux et valorisant, se cache une réalité bien différente : l’hypervigilance.
Et cette confusion est particulièrement fréquente chez celles et ceux qui ont grandi dans un environnement où l’adulte était imprévisible, avec un amour absent ou instable. Quand l’enfant ne sait jamais à quoi s’attendre, il apprend à tout observer, tout anticiper, tout analyser pour se protéger.
Alors comment distinguer l’hypersensibilité de l’hypervigilance ? Et pourquoi tant de personnes ayant manqué d’amour se reconnaissent dans un mot qui, en réalité, ne décrit pas leur vécu ?
L’hypersensibilité est un fonctionnement interne, présent depuis toujours. Une manière d’être au monde, plus fine, plus profonde, plus réceptive.
L’hypersensible ressent intensément : la beauté, la tristesse, l’injustice, la joie, les nuances. Il est touché par ce qui est, par ce qui existe réellement devant lui.
Et surtout : l’hypersensibilité n’est pas une stratégie de survie. C’est une sensibilité innée, pas une réaction à un danger.
L’hypervigilance, elle, se construit. Elle naît dans des environnements où l’enfant n’a pas reçu la sécurité émotionnelle dont il avait besoin.
Quand l’adulte était imprévisible, changeant, parfois aimant puis soudain distant. Quand l’amour était absent, conditionnel ou instable. Quand un silence pouvait annoncer une tempête. Quand il fallait deviner l’humeur de l’autre pour éviter les conflits.
Alors l’enfant développe une capacité incroyable à scanner tout ce qui l’entoure : les gestes, les voix, les micro‑signaux, les tensions invisibles.
Ce n’est pas de la sensibilité. C’est de la surveillance émotionnelle. Un système d’alerte qui reste actif, même une fois adulte.
Pourquoi confond‑on les deux ?
Parce que l’hypervigilance ressemble à de la sensibilité. On capte tout. On ressent tout. On réagit vite. On est touché par les comportements des autres.
Mais la différence est profonde :
L’hypersensible ressent ce qui est.
L’hypervigilant anticipe ce qui pourrait arriver.
L’hypersensible est ouvert.
L’hypervigilant est en alerte.
L’hypersensible est touché par l’émotion.
L’hypervigilant est touché par la menace.
Et pour beaucoup de personnes ayant grandi avec un amour absent ou instable, se dire « hypersensible » est plus doux, plus acceptable, moins douloureux que de reconnaître une hypervigilance née du manque.
Grandir sans amour stable, sans regard sécurisant, sans présence constante, laisse des traces profondes. On apprend à se protéger plutôt qu’à ressentir. À analyser plutôt qu’à vivre. À anticiper plutôt qu’à s’abandonner.
Alors, adulte, on se dit hypersensible parce qu’on est touché par tout. Mais en réalité, ce n’est pas la sensibilité qui est amplifiée : c’est le système d’alerte.
Ce n’est pas un cœur qui déborde. C’est un cœur qui a appris à se défendre.
La bonne nouvelle, c’est que l’hypervigilance peut s’apaiser. Ce n’est pas une identité, c’est un mécanisme. Et un mécanisme, ça se comprend, ça se rééduque, ça se transforme.
En apprenant la sécurité intérieure, en se donnant ce qu’on n’a pas reçu, en réapprenant à faire confiance, on peut retrouver une sensibilité plus douce, plus authentique, plus libre.
La vraie sensibilité n’est pas une alarme. C’est une ouverture.