Pourquoi j’ai choisi d’arrêter d’enseigner le yoga vinyasa
Quand j’ai terminé ma formation en yoga vinyasa, je pensais que j’allais naturellement trouver ma place dans cette pratique. J’avais appris les enchaînements, les intentions, la philosophie du mouvement. Tout semblait logique, cohérent, presque évident. Alors j’ai commencé à enseigner, quelques cours seulement, en me disant que l’expérience viendrait, que le plaisir suivrait, que je finirais par m’y sentir à l’aise.
Mais très vite, j’ai senti que quelque chose n’allait pas. Pas un grand choc, pas un rejet brutal… plutôt une petite voix intérieure, discrète mais persistante, qui me disait : “Ce n’est pas toi.” Je n’arrivais pas à me sentir alignée. Je donnais les cours, je faisais de mon mieux, mais je ne vibrais pas. Je ne ressentais ni enthousiasme, ni élan, ni cette joie profonde que j’espérais trouver dans l’enseignement du yoga vinyasa.
Et puis, il y avait ce que je voyais. Avec mon regard de coach sportive, habituée à analyser le mouvement, à comprendre les chaînes musculaires, à prévenir les blessures, je ne pouvais pas ignorer ce qui se passait sous mes yeux. Beaucoup de mouvements étaient réalisés sans engagement musculaire réel. Les élèves enchaînaient les postures, mais sans stabilité, sans contrôle, parfois même en se mettant en difficulté sans s’en rendre compte. Je voyais des compensations, des articulations qui prenaient trop de charge, des zones du corps qui s’effondraient. Et ça me touchait, parce que je savais que ce n’était pas anodin.
La respiration, elle aussi, me posait question. Le vinyasa repose sur le souffle, sur ce lien subtil entre l’inspiration, l’expiration et le mouvement. Mais dans la réalité, je voyais souvent des respirations courtes, un diaphragme bloqué, un souffle qui disparaissait dès que le rythme s’accélérait. Les corps bougeaient, mais la respiration ne suivait plus. Et pour moi, la respiration, c’est la base. C’est ce qui apaise, ce qui soutient, ce qui libère. La voir absente, comprimée, oubliée… c’était comme regarder quelqu’un avancer sans ancrage.
Petit à petit, j’ai compris que le vinyasa tel que je le voyais, tel que je le vivais, ne correspondait pas à ma vision du mouvement. J’ai appris à travailler avec des corps réels : des corps fatigués, stressés, blessés, asymétriques, sensibles. Des corps qui ont besoin d’être accompagnés, pas poussés. Des corps qui ont besoin d’être écoutés, pas mis dans un moule. Et dans le vinyasa, je ne retrouvais pas cet espace d’adaptation, de lenteur, de conscience. Je voyais trop de répétitions mécaniques, trop de pression implicite à suivre le rythme, trop peu de place pour la singularité de chacun.
Alors j’ai pris une décision. Une décision douce, mais profonde : arrêter d’enseigner le vinyasa. Non pas par rejet, non pas par jugement, mais par honnêteté envers moi-même. Je ne voulais plus enseigner quelque chose qui ne me ressemblait pas. Je ne voulais plus me forcer à entrer dans un cadre qui ne correspondait ni à mes valeurs, ni à ma sensibilité, ni à ma manière d’accompagner.
En renonçant au vinyasa, j’ai retrouvé quelque chose de précieux : ma liberté. Ma cohérence. Mon plaisir d’enseigner. J’ai pu me tourner vers des pratiques qui respectent vraiment le corps : le stretching, le Yin, la mobilité, le renforcement doux, la respiration, un yoga plus fonctionnel, plus réaliste, plus humain. Des pratiques qui laissent de la place à l’écoute, à la lenteur, à la présence. Des pratiques qui soutiennent le corps au lieu de le contraindre.
Aujourd’hui, j’accompagne les personnes comme elles sont, avec leurs forces, leurs fragilités, leurs besoins uniques. Je crée des espaces où l’on respire, où l’on se dépose, où l’on se renforce en douceur, où l’on se reconnecte à soi sans pression, sans performance. Et je me sens enfin à ma place.