Qui es‑tu, vraiment, en dehors de tes rôles ?

Il y a une question qui revient sans cesse dans mon cabinet.

Une question simple en apparence, mais qui bouleverse, qui déstabilise, qui ouvre des portes qu’on avait soigneusement fermées.

“Qui es‑tu ?”

Et très souvent, la réponse n’arrive pas.

Ou elle arrive sous forme de rôles :

Je suis la mère de…

Je suis la fille de…

Je suis la collègue qui…

Je suis celle qui gère, celle qui contrôle, celle qui assure…

Mais ce ne sont pas des réponses.

Ce sont des fonctions.

Des identités construites pour tenir, pour plaire, pour survivre parfois.

Et derrière ces rôles, il y a une femme qui s’est perdue

Pour beaucoup de femmes souffrant d’alimentation émotionnelle la vie s’est construite autour d’un principe :

être ce qu’on attend d’elles.

Être sage.

Être performante.

Être forte.

Être discrète.

Être parfaite.

Être “facile”.

Être celle qui ne dérange pas.

Être celle qui contrôle tout — surtout elle‑même.

Et à force d’être ce qu’il faut être, on oublie ce qu’on aime, ce qu’on ressent, ce qu’on veut.

On oublie même ce qu’on est.

La nourriture devient alors un refuge, un repère, un cadre.

Un moyen de tenir debout quand l’identité vacille.

Un moyen d’exister quand on ne sait plus comment se définir autrement.

Quand je pose la question : “Qu’est‑ce que tu aimes ?”

Le silence qui suit est souvent plus parlant que n’importe quelle réponse.

Parce que beaucoup de mes patientes ne savent plus.

Elles savent ce qu’elles doivent faire.

Elles savent ce qu’on attend d’elles.

Elles savent comment se comporter pour être “comme il faut”.

Mais elles ne savent plus ce qui les fait vibrer.

Ce qui les apaise.

Ce qui les nourrit.

Ce qui les rend vivantes.

Elles ont appris à être utiles, performantes, présentes, efficaces.

Mais pas à être elles‑même

Le travail que nous faisons ensemble commence souvent là :

retirer, doucement, les couches de rôles, de devoirs, d’injonctions, de contrôle.

Retirer la fille parfaite.

Retirer la femme qui doit gérer.

Retirer la professionnelle irréprochable.

Retirer la mère qui ne peut pas flancher.

Retirer la femme qui se juge, qui se compare, qui se surveille.

Et sous ces couches, il y a une femme.

Une femme qui a des envies, des besoins, des émotions, des limites.

Une femme qui a été mise en veille.

Une femme qui attend qu’on vienne la chercher.

Pourquoi cette question est essentielle dans les troubles alimentaires ?

Parce que les troubles alimentaires ne parlent pas de nourriture.

Ils parlent d’identité.

De place.

De valeur.

De contrôle.

De survie émotionnelle.

Ils parlent d’une femme qui ne sait plus comment exister autrement que dans le contrôle, la performance, la restriction, la compensation, la lutte.

Alors oui, cette question est centrale :

Qui es‑tu, quand tu ne te définis plus par ce que tu fais ?

Qui es‑tu, quand tu ne te définis plus par ton corps ?

Qui es‑tu, quand tu ne te définis plus par ton trouble alimentaire ?

C’est là que commence la reconstruction.

C’est là que commence la liberté.

C’est là que commence le retour à soi.

Se retrouver, c’est un chemin

Ce n’est pas un exercice mental.

Ce n’est pas une liste à remplir.

Ce n’est pas une réponse immédiate.

C’est un chemin.

Un chemin vers toi.

Vers ta vérité.

Vers ta sensibilité.

Vers ta manière unique d’être femme.

Un chemin où tu apprends à sentir, à écouter, à choisir, à dire non, à dire oui, à exister autrement que dans la performance.

Un chemin où tu redeviens sujet — et plus seulement rôle.

Et toi, aujourd’hui… qui es‑tu ?

Pas la mère.

Pas la fille.

Pas la professionnelle.

Pas la femme qui contrôle.

Pas la femme qui lutte.

Toi.

La femme derrière tout ça.

La femme que tu as peut‑être oubliée.

La femme que tu vas retrouver.

Suivant
Suivant

Je mérite